HISTORIQUE DE
L'ÉVOLUTION DES MODÈLES DU MÉCANISME DE CONCENTRATION DE L'URINE
PRÉSENTATION
DU PROBLÈME BIOLOGIQUE
Depuis
1951 avec les travaux de Wirz, Hargitay & Kuhn, on sait qu'il existe
un gradient quasi exponentiel dans la médullaire interne. Toutefois,
l'origine de ce gradient reste encore une énigme aujourd'hui.
Hargitay &
Kuhn, la même année, ont proposé l'hypothèse du contre-courant, selon
laquelle une force motrice modeste, locale à chaque niveau de la
médullaire, peut expliquer un gradient global très important.
Si
le bien-fondé de ce principe a été définitivement établi dès la fin
des années 50 par des expériences par de microponction in-vivo,
la question de la force (ou "single effect") agissant
localement reste ouverte en ce qui concerne la médullaire interne.
En
50 ans, les modèles se sont pourtant améliorés et perfectionnés en se
rapprochant toujours d'avantage de la réalité physiologique, mais
malgré cela aucun modèle n'a permis de trouver une explication à ce
phénomène.
C'est
l'histoire de cette question que nous vous proposons dans ce qui suit.
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LES
GRANDES ÉTAPES DANS L'ÉVOLUTION DES MODÈLES
1951
: Kuhn et al
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En
1951, Kuhn et Hargitay [1]
sont les premiers à proposer un modèle, sur les mécanismes de
concentrations et de dilution de l'urine par la médullaire rénale,
basé sur une structure de multiples tubes parallèles fonctionnant
en contre courant (cf.
ci-contre). Ils
ont suggérées, entre autres, que l'effet primaire pourrait être
un transport de sel depuis les anses ascendantes de Henle,
hypothèse finalement confirmée par la suite dans la médullaire
externe. Cependant,
dans les années 60, il est devenu clair que les anses ascendantes
de Henle de la médullaire interne n'effectuent pas de transport
actif. La question de l'effet primaire reste donc posée. |
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1972
: Stephenson et Kokko & Rector
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En
1972, Stephenson [10]
et Kokko & Rector
[4]
ont publié, dans le même numéro de Kidney International, deux modèles qui
proposent que le recyclage de l'urée dans la médullaire interne
engendre l'accumulation de NaCl vers la papille.
Selon cette hypothèse, dite "passive",
la sortie importante d'urée au niveau terminal du
canal collecteur apporte des osmoles
externes. Par osmose, l'urée interstitielle ferait
sortir de l'eau des anses descendantes de Henle. Ceci aurait
pour effet de concentrer le sel et l'urée à la papille mais aussi
de favoriser la sortie, par diffusion, du sel des anses ascendantes
de Henle (cf. ci-contre). Le
problème de ce modèle "passif" est qu'il utilise des
données arbitraires pour les perméabilités tubulaires car aucune
valeur n'existait jusque là. Avec l'introduction de la technique de
microponction in-vitro, il est devenu possible de mesurer les
perméabilités tubulaires pour l'eau et les principaux solutés. Il
s'est trouvé que les valeurs vont à l'encontre de l'hypothèse
"passive" : en particulier, la perméabilité à l'urée
des anses descendantes dans la médullaire interne. Cette dernière
s'avère très élevée dans les reins qui concentrent bien, or,
selon l'hypothèse "passive" cette perméabilité devrait
être négligeable. Il
s'agissait donc à nouveau de chercher l'effet primaire capable
d'expliquer le fort gradient osmotique de la médullaire interne. |
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1987
: Lemley & Kriz
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En
1987, Lemley & Kriz [6]
publient un article de synthèse présentant l'aspect physiologique du rein. Pour cela, ils
se sont basés sur des coupes
histotopographiques à différentes profondeurs dans le rein
permettant ainsi, après une interprétation en trois dimensions,
d'avoir une représentation relative et spatiale des nombreuses
structures de la médullaire (cf. ci-contre). Ce modèle
discursif a permis de regrouper toutes les informations publier
jusque là pour intégrer la notion de fonctionnement en trois
dimensions, avec un gradient cortico-papillaire et un gradient
latéral (perpendiculaire au premier). Cependant, ce modèle demeure qualitatif et sa vocation a consisté, en partie, à inciter
d'autres chercheurs à réaliser un modèle mathématique incluant
ces principes. |

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1991
: Wexler, Kalaba & Marsh
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|
En
1991, Wexler, Kalaba & Marsh [16]
réalisent un modèle mathématique trois dimensions (cf.
ci-contre ), à partir des
données morphologiques et des principes détaillés auparavant par
Lemley & Kriz [voir
plus haut].
Les résultats de ce modèle permettent d'obtenir un meilleur
gradient que tous ceux des modèles précédents. Cependant,
certains paramètres et hypothèses étaient remis en question, et
il se trouve que même ce modèle n'explique pas le gradient d'osmolarité
de la médullaire interne si l'on tient compte de la forte
perméabilité à l'urée des les anses longues descendantes de
Henle. |
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1998
: Wang & Thomas et Thomas
|
En
1998, Wang & Thomas [15]
réalisent une nouvelle version du modèle trois dimensions de
Wexler, Kalaba & Marsh. Ils prennent en compte de nouveaux
paramètres physiologiques qui détaillent davantage les
différentes structures et leurs interactions au sein de la
médullaire rénale (cf. ci-contre). La même année Thomas [14]
améliore la concordance de son modèle avec les données
physiologiques (Lemley & Kriz [voir
plus haut]), et les simulations
ont permis de corriger les conclusions qualitatives de Lemley &
Kriz. En particulier, il est clair que ce modèle détaillé ne
permet pas de fournir une explication du gradient osmotique dans la
médullaire interne. |

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